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Des dizaines de milliers de personnes en deuil ont défilé jeudi dans Madrid pour rendre hommage à Maricarmen Abascal, une retraitée dont l'expulsion a déclenché des manifestations sur le logement dans toute l'Espagne, avant d'aboutir à la convocation d'élections anticipées.
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La mort mercredi de Maricarmen Abascal, 87 ans, a provoqué larmes et colère sur l'emblématique place Puerta del Sol, au cœur de la capitale espagnole, épicentre du mouvement où des centaines de personnes campent pour exprimer leur colère.
Depuis la Puerta del Sol, où un autel improvisé de bougies, de fleurs et de pancartes a été installé, les manifestants se sont dirigés vers l'ancien domicile d'Abascal, situé dans le quartier huppé du Retiro, à environ 3 kilomètres de là.
"Maricarmen sera un symbole de lutte. Elle nous a fait nous réveiller et dire +ça suffit+. Nous ne pouvons plus supporter cette situation", a dit à l'AFP Rosa Marin, une enseignante de 48 ans.
Maria del Carmen Abascal, qui se déplaçait en fauteuil roulant, est décédée à l'hôpital deux semaines après son expulsion de l'appartement où elle vivait depuis 70 ans.
Emportée sur une civière après que la société immobilière propriétaire du logement a drastiquement augmenté son loyer, elle est devenue le visage de la crise du logement qui sévit en Espagne depuis des années, et le catalyseur de protestations à l'échelle nationale.
Maricarmen "a été la goutte d'eau, elle a été capable de provoquer tout cela", a expliqué le professeur de photographie Anton Alexander, en référence aux campements et aux manifestations qui ont placé la question du logement au cœur des élections du 29 novembre.
"Au fond, Maricarmen est un symbole. J'espère que ce sera un tournant", a ajouté M. Alexander. "Je sais que je n'achèterai pas de maison, ça me submerge."
- "Injustice" -
Des personnes de tous âges ont participé à la marche, scandant des slogans tels que "ce ne sont pas des morts, ce sont des assassinats".
Une estimation provisoire de la délégation du gouvernement central dans la région de Madrid a fixé leur nombre à 20.000.
Marisol Gallo, 82 ans, est venue par solidarité avec les jeunes générations dont le salaire moyen est très loin de couvrir les loyers et prix d'achat astronomiques exigés pour un appartement à Madrid.
"C'est une honte, c'est une injustice. Cette lutte va continuer", a déclaré Mme Gallo à l'AFP, espérant que les protestations "vont changer les choses" et pousseront les autorités à "se ressaisir".
Devant l'ancien domicile de Maricarmen, à côté du célèbre parc du Retiro inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, les participants ont applaudi et déposé d'autres fleurs et bougies avant d'observer un moment de silence.
Un accord avait été trouvé avec la société immobilière permettant à Maricarmen Abascal de rentrer chez elle avec un loyer réduit, mais elle a finalement passé ses derniers jours à l'hôpital.
Face à la pression populaire, le gouvernement de gauche a précipitamment adopté deux décrets prévoyant une protection accrue contre les expulsions pour les locataires vulnérables et le renouvellement automatique des contrats.
Mais l'opposition conservatrice et d'extrême droite a rejeté ces mesures du gouvernement - minoritaire - au Parlement, poussant le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez à convoquer de nouvelles élections.
Reste à savoir si M. Sanchez, en difficulté dans la plupart des sondages, pourra capitaliser sur cette colère.
"Nous avons une classe politique qui est la plus incompétente depuis le début de la démocratie", a affirmé Manuel Martin, retraité de 67 ans, qui participait jeudi soir à l'hommage à Maricarmen Abascal.
"Le logement est un problème structurel qu'aucun parti ne peut résoudre seul. C'est un problème national", a-t-il ajouté.