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L'Éthiopie accuse l'Érythrée, qui a déployé ces derniers jours des troupes dans le nord éthiopien, "d'agression flagrante", Asmara rétorquant vendredi que c'est l'Éthiopie qui mène contre elle une longue "guerre d'agression", dans une nouvelle escalade verbale entre les deux voisins qui augmente le risque d'une guerre ouverte.
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L'Érythrée a acquis son indépendance de l'Éthiopie en 1993 après des décennies de lutte armée. Les deux voisins se sont ensuite affrontés, sur fond de différends territoriaux, lors d'une guerre sanglante entre 1998 et 2000 qui a fait des dizaines de milliers de morts.
Pour l'Érythrée, son voisin lorgne son port d'Assab, Abiy Ahmed répétant que son pays enclavé doit avoir un accès à la mer.
Depuis plusieurs jours, entre 5.000 et 8.000 soldats érythréens sont présents dans l'État régional du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, selon une source sécuritaire étrangère.
Les forces fédérales éthiopiennes ont utilisé contre eux leurs drones dans la nuit de mercredi à jeudi à Adigrat, ville située à environ 40 km de route au sud de la frontière de l'Érythrée, et les forces érythréennes se sont repliées plus au nord.
La présence de troupes érythréennes au Tigré, région frontalière de l'Érythrée, est un "acte d'agression flagrant qui justifie l'exercice par l'Éthiopie de son droit inhérent à la légitime défense", a dénoncé le ministre des Affaires étrangères éthiopien, Gedion Timothewos, dans une lettre envoyée jeudi à la représentation française à l'ONU.
Une source diplomatique a confirmé à l'AFP qu'elle avait été envoyée à tous les membres du Conseil de sécurité des Nations unies.
- "Pillards" -
"L'Érythrée est l'agresseur" et "l'Éthiopie est la victime", a encore souligné M. Gedion.
Asmara a répliqué vendredi : "Le régime éthiopien mène, de fait, une guerre d'agression non provoquée contre l'Érythrée depuis plus de trois ans maintenant" en martelant la nécessité d'un accès à la mer, a déclaré sur X Yemane Gebremeskel, ministre érythréen de l'Information.
Cette escalade verbale intervient plus de deux semaines après la reprise des combats dans le nord de l'Éthiopie, opposant notamment les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui dirigeait de fait l'État régional depuis avril, à l'armée fédérale éthiopienne.
L'Éthiopie accuse depuis plusieurs mois l'Érythrée de soutenir les rebelles du TPLF. Les combattants du TPLF avaient déjà affronté les forces gouvernementales éthiopiennes, à l'époque soutenues par l'Érythrée, lors d'une guerre dévastatrice entre 2020 et 2022 qui avait fait au moins 600.000 morts.
Les forces rebelles tigréennes se sont repliées de deux villes du nord du Tigré, près de l'Érythrée.
Elles ont ainsi quitté Adigrat, selon un résident, après les frappes de drones de l'armée fédérale. Mais aussi Shire, grande ville du Tigré qui dispose d'un aéroport - fermé depuis le début des affrontements - et que les "combattants du TPLF et l'administration locale ont quittée" mercredi, selon un travailleur humanitaire.
"Des pillards sévissent (...) Quatre personnes ont été tuées et 11 autres blessées lors d'un échange de tirs lié à ces pillages", a-t-il regretté.
Un autre résident de Shire a indiqué à l'AFP que des membres de la Force de paix du Tigré (TPF), milice tigréenne combattant aux côtés du gouvernement fédéral, ont fait leur entrée vendredi dans la ville.
Selon un responsable d'une faction dissidente du TPLF, les forces tigréennes ont "quitté Shire pour Shiraro", autre ville située à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec l'Érythrée.
- Offensive en Érythrée ? -
De nombreux soldats rebelles "désertent pour regagner leurs villages ; ils sont gagnés par le désespoir et la frustration à l'égard de la direction du TPLF", affirme Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l'Oslo New University College (Norvège), qui craint que M. Abiy "ne s'arrête pas à la frontière" et poursuive l'offensive éthiopienne en Érythrée.
L'armée fédérale éthiopienne, épaulée par les TPF, était entrée samedi 3 octobre sans combats dans Mekele, la capitale du Tigré, désertée par les forces des autorités rebelles tigréennes.
Vendredi, Ethiopian Airlines, seule compagnie aérienne à desservir le Tigré, a annoncé la reprise du service vers Mekele à compter du 11 octobre. Les vols avaient été suspendus avec le début des affrontements.
Cette reprise montre que les forces fédérales "ont consolidé le contrôle sécuritaire et politique de la ville et de ses environs", analyse M. Tronvoll, selon qui "nous assisterons bientôt à la nomination ou à la mise en place d'une administration intérimaire".
Abiy Ahmed avait obtenu le prix Nobel de la paix en 2019 pour ses efforts de rapprochement avec le président de l'Érythrée Issaias Afeworki, au pouvoir depuis l'indépendance de son pays en 1993.
Mais depuis plusieurs mois, les relations se sont fortement dégradées.
L'Éthiopie avait ainsi dénoncé le 1er octobre des actes "d'hostilités et de belligérance" de son voisin, entraînant la rupture de leurs relations diplomatiques.