Les habitants de l'Alberta, province canadienne aux immenses réserves de pétrole, se prononcent lundi sur la tenue ou non d'un futur référendum d'indépendance, un scrutin test pour l'unité du pays en pleine guerre commerciale avec Washington.
Selon les enquêtes d'opinion, moins de 25% des cinq millions d'habitants de cette province de l'ouest du Canada se disent en faveur d'une sécession.
Ce qui n'empêche pas les séparatistes de croire en leurs chances tandis que le Premier ministre Mark Carney, qui s'est impliqué personnellement dans la campagne, a mis en garde contre une surmobilisation des partisans de la sécession.
"Ne laissez personne vous dire que les jeux sont faits. Le niveau de participation déterminera le résultat", a dit jeudi Mark Carney, qui a grandi dans l'Alberta. "Un vote contre le Canada serait un bluff dangereux (...) Votez comme si le Canada en dépendait car c'est le cas".
Les résultats devraient être connus très tôt mardi matin.
L'Alberta dispose, avec ses gisements de sables bitumineux, des quatrièmes réserves mondiales prouvées de pétrole.
Ces richesses sont au centre des revendications des séparatistes qui affirment que l'État fédéral a étouffé l'industrie pétrolière avec ses réglementations environnementales sous le mandat de l'ex-Premier ministre Justin Trudeau, leur bête noire.
"Nous nous sentons volés, floués, maltraités", a déclaré Sandy Martel, 61 ans, dirigeante d'une petite entreprise à Spruce Grove. "Il est temps de se lever et de dire stop", a-t-elle ajouté samedi lors d'un rassemblement séparatiste devant le parlement provincial à Edmonton, la capitale de la province.
Rompant avec son prédécesseur Justin Trudeau, M. Carney a fait de la construction d'un nouvel oléoduc reliant l'Alberta à la côte Pacifique un pilier de sa stratégie visant à réduire la dépendance du Canada à l'égard des États-Unis. Cet oléoduc doit permettre d'exporter massivement du pétrole vers l'Asie.
- "Incertitude" -
Marginal il y a quelques années encore, le mouvement séparatiste est parvenu en mai à recueillir suffisamment de signatures pour déclencher un référendum d'initiative populaire sur l'indépendance, avant qu'un juge local ne l'annule pour des motifs constitutionnels.
Mais la dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith - opposée à l'indépendance mais dont le parti compte des séparatistes dans ses rangs - a décidé d'organiser sa propre consultation.
Le référendum compte 10 questions, dont certaines liées à la gestion de l'immigration.
Tous les projecteurs sont cependant braqués sur la question 10 qui propose deux options : rester une province du Canada ou confier au gouvernement provincial le mandat d'organiser un référendum contraignant sur l'indépendance.
La décision de Danielle Smith de faire voter lundi les Albertains, afin d'apaiser la frange séparatiste de son parti, est comparée par des analystes au pari fait par l'ancien Premier ministre britannique David Cameron avec le référendum sur le Brexit de 2016.
Mark Carney était alors à la tête de la Banque d'Angleterre. "À l'époque, la signification du Brexit n'était pas claire", a-t-il dit jeudi, mais durant les années suivantes "une énorme incertitude a régné, les investissements se sont arrêtés".
Au-delà de l'Alberta, M. Carney est confronté à d'autres velléités indépendantistes dans la province francophone du Québec où le Parti québécois, victorieux des élections provinciales début octobre, veut organiser un nouveau référendum sur l'indépendance.
- Contacts avec l'administration Trump -
Les derniers mois ont été marqués par la manipulation de contenus sur les réseaux via l'intelligence artificielle et par des allégations d'ingérence américaine, amenant des experts à mettre en garde contre de possibles contestations du résultat du scrutin.
"Il est probable qu'une partie de la population perçoive ce scrutin comme volé ou injuste", juge Aengus Bridgman, directeur du Media Ecosystem Observatory (MEO) à l'Université McGill de Montréal.
Mark Carney a dit qu'il attendait des gouvernements étrangers, "dont les États-Unis", qu'ils n'interfèrent pas dans ce scrutin alors que les contacts entre l'administration Trump et des séparatistes de l'Alberta, reçus au département d'État, ont provoqué des remous au Canada.
Elon Musk s'est lui aussi permis d'intervenir dans le débat en appelant l'Alberta à se "séparer" du Canada.
B.Janssens--LCdB