Le Parlement européen décerne le prix Sakharov, la CPI dans la course / Photo: Eva Plevier - ANP/AFP/Archives
Le Parlement européen décerne jeudi son prix Sakharov 2026, récompense honorant le combat pour la démocratie et la liberté de pensée, pour laquelle sont en lice l'opposant tanzanien Tundu Lissu et la Cour pénale internationale (CPI) actuellement dans le collimateur de Donald Trump.
Au total, trois finalistes doivent être départagés par les chefs des groupes politiques, lors d'un vote attendu à la mi-journée.
Figure aussi dans ce trio la candidature des soeurs Taraneh et Romina Rahimi, deux Iraniennes emprisonnées dans leur pays pour avoir participé à des manifestations antigouvernementales à Ispahan en janvier. L'une d'elles a été condamnée à la peine de mort.
Mais les chances de l'emporter sont inégales, étroitement corrélées aux poids respectifs de chacun des soutiens au sein du Parlement.
Se retrouve ainsi en position de favori Tundu Lissu, candidat soutenu par une partie de l'extrême droite et surtout par le PPE (droite), le premier groupe dans l'hémicycle.
Chef du parti d'opposition Chadema en Tanzanie, Tundu Lissu, 58 ans, a été arrêté en avril 2025. Il risque la peine de mort s'il est reconnu coupable de trahison, pour incitation présumée à boycotter les élections d'octobre 2025.
"Il ne fait aucun doute que son incarcération a un caractère politique", a déclaré David McAllister, eurodéputé allemand du PPE.
Selon cet élu conservateur, présenter cette candidature au prix Sakharov "envoie un signal clair et fort en faveur de la démocratie et de l'État de droit en Tanzanie".
Tundu Lissu, qui a dû vivre des années en exil, avait survécu à une tentative d'assassinat en Tanzanie en 2017, qu'il a également imputée à son engagement politique.
Face à sa candidature, portée aussi par le groupe de droite radicale ECR, la gauche et les centristes de Renew devraient mettre toutes leurs forces pour soutenir celle de la Cour pénale internationale (CPI).
- "Intimidations" -
Cette partie de l'hémicycle à Strasbourg estime que soutenir la CPI et ses juges résonne bien davantage avec l'actualité récente, marquée par de nouvelles attaques de l'administration Trump contre ce pilier de l'ordre juridique mondial.
Le 9 octobre, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre la CPI visant à paralyser son fonctionnement quotidien, quelques heures après la remise du prix Nobel de la paix à l'une de ses anciennes juges, la Sud-Africaine Navi Pillay.
Le président américain Donald Trump, qui estime que le prix Nobel aurait dû lui revenir, a fustigé un choix "honteux". Et son secrétaire d'État Marco Rubio a promis de démanteler "brique par brique" la Cour de La Haye, qualifiée de "tribunal voyou".
"Alors que la CPI et ses juges font face aux intimidations et sanctions de Trump, défendre cette juridiction, c’est défendre l’État de droit et les droits humains", a fait valoir l'eurodéputée écologiste belge Saskia Bricmont.
"Le seul continent qui peut soutenir encore la CPI, c'est l'Europe", a estimé de son côté Chloé Ridel, du groupe Socialistes et Démocrates (S&D) qui a porté dès le début le choix de la CPI pour le prix Sakharov.
En 2025, ce prix européen créé en l'honneur du dissident soviétique Andreï Sakharov avait récompensé deux journalistes emprisonnés au Bélarus et en Géorgie, Andrzej Poczobut et Mzia Amaghlobeli. M. Poczobut, un Polono-Bélarusse arrêté par Minsk en 2021, a été libéré en avril 2026 dans le cadre d'un échange de prisonniers coordonné par les États-Unis.
Pour l'édition 2026 du prix, le combat de la jeunesse iranienne pour la démocratie a aussi sa place via le coup de projecteur sur la situation de Taraneh et Romina Rahimi, deux soeurs jumelles de 21 ans respectivement condamnées à mort et à 36 ans de prison.
"Ce qu'elles vivent illustre la répression subie par les manifestants" en Iran, selon le groupe des Patriotes (extrême droite) qui défend leur candidature.
Une fois le prix attribué, le Parlement européen organisera une cérémonie pour sa remise à la mi-décembre à Strasbourg.
V.Nijs--LCdB