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Le Prix Nobel de littérature 2026 a été décerné jeudi à la poète canadienne Anne Carson, helléniste réputée, pour son oeuvre "audacieuse et inventive".
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L'autrice de 76 ans a été récompensée pour son travail qui "dans un dialogue ludique avec la tradition classique, a donné naissance à de nouvelles formes pour la littérature contemporaine", a souligné Ingrid Carlberg, secrétaire permanente de l'Académie suédoise.
Anne Carson a appris la bonne nouvelle depuis l'Islande, où elle était en train "d'écouter le vent", a confié Mme Carlberg.
Avant elle, la prestigieuse récompense n'avait été décernée qu'à une seule auteure canadienne : Alice Munro en 2013.
"Nous n'avons pas eu beaucoup de temps pour discuter", a-t-elle ajouté. "Elle a été prise au dépourvu, mais elle était très heureuse. Je l'ai entendu dans sa voix."
Le nom d'Anne Carson et son œuvre érudite, où se mêlent héros mythologiques, auteurs antiques et romantiques, revient depuis des années dans les spéculations des cercles littéraires suédois.
L'ouvrage se déplie comme un accordéon, telle une seule longue feuille sur plusieurs mètres, "composée d'images, de lettres et d'autres textes".
"On y ressent un profond sentiment de perte qui remonte des profondeurs".
- "Personne n'écrit comme elle" -
Sa première publication "Eros the bittersweet : an essay", en 1986, contient déjà ce qui fait son style unique : une adaptation moderne de la littérature grecque classique.
"Personne n'écrit comme elle", assure Steve-Sem Sandberg, membre du comité Nobel de l'Académie suédoise.
C'est une universitaire "qui maîtrise parfaitement le latin et le grec, y compris les formes archaïques, et elle utilise les mythes, les personnages, les récits et les fables de cette époque pour les replacer dans un contexte moderne", a-t-il salué.
Ce mélange entre les deux confère selon lui une énergie extraordinaire à son écriture.
Anne Carson ne se reconnaît dans aucun genre littéraire classique. "Elle n'y croit pas", explique à l'AFP M. Sandberg qui conseille de lire son œuvre dans son ensemble. "Une fois plongé dans son œuvre, on reconnaît immédiatement sa voix".
Lorsqu'elle a appris qu'elle souffrait de la maladie de Parkinson, la Canadienne s'est retrouvée "mortifiée" face à la dégradation de son écriture manuscrite, raconte-t-elle dans la revue littéraire London Review of Books.
"J'avais l'habitude de prendre plaisir à écrire dans des cahiers, des étagères entières de cahiers, jour après jour, année après année", a relaté Mme Carson.
"Maintenant, les traits verticaux se courbent, se brisent ou partent dans tous les sens, les voyelles se réduisent à des formes indistinctes, l'inclinaison perd son angle net et harmonieux, tout cela a l'air embarrassant", a-t-elle déploré.
Née à Toronto le 21 juin 1950, Anne Carson a été initiée au grec par un professeur de latin qui le lui enseigne pendant la pause déjeuner au lycée. Elle abandonne deux fois l'université avant de valider son doctorat de lettres classiques à Toronto.
Depuis 2008, elle passe une grande partie de l'année en Islande, dont elle détient la nationalité, avec son mari.
À travers la Suède, les bibliothèques et les librairies s'affairent : on se précipite vers les rayons pour ressortir les romans de la lauréate.
L'an dernier, l'auteur hongrois László Krasznahorkai a remporté la prestigieuse récompense, dont le style est difficile et exigeant, pour son œuvre dystopique et mélancolique.
Longtemps critiquée pour ses choix centrés sur des auteurs occidentaux, l'Académie suédoise, bouleversée par un scandale #MeToo en 2018, a fait peau neuve et plus de la moitié de ses 18 membres ont été remplacés.
Depuis, un lauréat sur deux est une femme.
Elles restent néanmoins encore largement sous-représentées : parmi les 123 lauréats, seules 19 femmes ont obtenu le prix. Et une minorité des auteurs récompensés sont de langues asiatiques ou moyen-orientales.