Les députés italiens ont approuvé jeudi une réforme de la loi électorale décriée par les partis d'opposition, qui dénoncent un texte taillé sur mesure par la Première ministre Giorgia Meloni pour faciliter sa réélection en 2027.
Le texte - qui garantit une majorité parlementaire à toute alliance recueillant plus de 42% des voix - a été adopté par 227 voix pour et 164 contre, après que la dirigeante d'extrême droite Giorgia Meloni eut déclaré à sa coalition au pouvoir qu'elle démissionnerait si la réforme échouait.
- Plus de stabilité ? -
"Avec l'adoption définitive de la nouvelle loi électorale, les Italiens pourront tout choisir lorsqu'ils retourneront aux urnes : le parti, la coalition, le programme, le candidat Premier ministre et - à nouveau - leur parlementaire", s'est félicitée sur X la cheffe du gouvernement italien.
Cette loi électorale "est une révolution", a estimé pour sa part auprès de l'AFP Giovanni Donzelli, député du parti Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni.
Le gouvernement affirme que cette nouvelle loi apportera davantage de stabilité à l'Italie. Elle bénéficierait également aux électeurs en obligeant les partis ou les coalitions à définir leur programme de gouvernement et à désigner leur candidat au poste de Premier ministre en amont des élections.
Cette exigence pourrait toutefois poser problème au centre-gauche, divisé sur plusieurs questions politiques clés ainsi que sur le choix des candidats éventuels au poste de chef du gouvernement.
L'opposition avait promis de voter contre la réforme, déjà approuvée par le Sénat.
La nouvelle loi est "un sacré bazar, un dispositif alambiqué, conçu uniquement pour trouver une formule permettant d'obtenir un avantage aux prochaines élections", a estimé auprès de l'AFP Giuseppe Conte, ancien Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles (M5S).
Le parti de Giorgia Meloni, Fratelli d'Italia, et ses alliés disposent de la majorité au Parlement, mais la coalition a montré des signes de tensions à l'approche des élections législatives. Le vote de jeudi s'est d'ailleurs déroulé à bulletin secret.
"A ceux qui espéraient voir le centre‑droit divisé, nous répondons aujourd'hui par les faits : nous sommes unis, soudés et déterminés à tenir les engagements pris envers les citoyens", a ajouté Giorgia Meloni sur X.
- Pari risqué -
La Première ministre italienne avait averti qu'elle démissionnerait si la loi n'était pas adoptée.
Mais même si le texte - comme attendu - a été approuvé, certains mettent en garde contre un effet boomerang qui pourrait offrir à la gauche une victoire confortable l'an prochain.
"Cette loi crée un paysage électoral totalement ouvert à la concurrence, et elle risque donc de perdre les élections", selon Giovanni Orsina, politologue à l'université Luiss de Rome.
Dans le système actuel, qui combine des sièges attribués au scrutin majoritaire et à la proportionnelle, ni la coalition de droite ni celle de gauche ne devraient obtenir une majorité parlementaire.
La nouvelle loi instaure un système entièrement proportionnel accordant une majorité parlementaire à toute alliance obtenant plus de 42% des suffrages, grâce à l'attribution de 70 sièges supplémentaires à la Chambre des députés et de 35 au Sénat.
Mais atteindre ce seuil ne serait aisé ni pour la droite ni pour la gauche.
En septembre, Giorgia Meloni est devenue la cheffe de gouvernement la plus durable de l'Italie d'après-guerre, mais sa coalition perd du terrain au profit de l'ancien général Roberto Vannacci et de son nouveau parti Futuro Nazionale (FN, extrême droite).
Si Giorgia Meloni a jusqu'ici exclu toute alliance avec M. Vannacci, le FN est crédité dans les sondages d'un score supérieur à celui de chacun de ses deux alliés, la Ligue anti-immigration et Forza Italia, et elle pourrait avoir besoin de son soutien.
Selon un récent sondage Ipsos Doxa, la coalition de centre-gauche pourrait dépasser les 42% lors du scrutin, à condition de surmonter ses divisions internes et de convaincre deux petits partis radicaux de rejoindre l'alliance.
Le mandat de Giorgia Meloni doit s'achever en octobre 2027, mais elle pourrait choisir d'organiser des élections dès avril ou mai.
Les partis d'opposition ont déjà annoncé leur intention de contester la nouvelle loi électorale devant les tribunaux avant cette échéance.
C.Adam--LCdB