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Sous un soleil écrasant, les raisins des Corbières, dans l'Aude, commencent à mûrir... trop vite: avec le réchauffement climatique, ils se chargent en sucre et font des vins plus alcoolisés, poussant certains vignerons à changer de cépages pour des variétés plus tardives.
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À la tête d'une maison de négoce représentant 1.500 hectares dans l'ancien Languedoc-Roussillon, elle a tenté en 2009 une expérience: créer un petit vignoble résistant au réchauffement climatique, en utilisant notamment des cépages portugais et espagnols, l'alvarinho et le verdejo, habitués des hautes températures.
"Ces cépages, qui n'arrivaient pas à maturité dans le sud de la France il y a 25 ans, ont trouvé aujourd'hui un terrain de prédilection", assure-t-elle. Sur les dix hectares du Château Cicéron, elle se réjouit de contrôler plus facilement l'alcool et l'acidité de ses vins.
Il a néanmoins fallu d'abord arracher les vignes existantes, faire des analyses de sols, entrer dans un protocole d'expérimentation européen, replanter et attendre que les vignes soient assez matures avant de faire une première vinification, plus de dix ans plus tard.
- Vendanges précoces -
"J'ai dû sortir d'une logique capitaliste, c'était possible parce que j'avais la maison de négoce à côté", reconnaît cette descendante d'une famille de vignerons dont le père, Jean, était l'un des militants emblématiques de la cause viticole languedocienne dans les années 1960.
Tous les vignerons ne peuvent pas se permettre un tel pari: les vendanges se font ainsi de plus en plus tôt, parfois dès fin juillet. On s'arrange ensuite avec des assemblages, car si le fruit est chargé en sucre, les pépins ne sont souvent pas encore mûrs et donnent un goût astringent au vin.
"Globalement, en vingt ans, les vins de la région ont pris deux degrés d'alcool", indique Matthieu Dubernet, patron d'un groupe de laboratoires œnologiques.
À une quarantaine de kilomètres du Château Cicéron, Antoine Robert, gérant de la coopérative Castelmaure, a remarqué qu'une variété de raisins, le carignan, mûrissait plus tard que les autres et pouvait constituer un atout pour équilibrer ses vins.
Ce cépage, originaire d'Espagne, a été planté massivement dans le sud de la France à partir du début du XXe siècle mais, poussé à outrance pour ses rendements, il donnait des vins sans caractère.
Dans les années 1970, il est largement arraché et remplacé notamment par la syrah, un cépage des Côtes du Rhône.
- Entre tradition et adaptation -
"C'était l'ennemi à abattre. Pourtant, quand on ne le fait pas +pisser+, il donne des vins de qualité", assure Antoine Robert, 34 ans.
Le directeur de la coopérative a donc décidé l'an dernier de donner des primes à ses vignerons qui en replantent.
Avec l'aide de la chambre d'agriculture, il a aussi retrouvé dans son domaine de vieilles variétés de carignan, parfois âgés de plus de cent ans, et d'autres cépages oubliés. Il les a placés dans une parcelle "conservatoire", en espérant y trouver des variétés adaptées à la chaleur.
Les vignerons restent néanmoins contraints s'ils veulent rester dans des appellations: en AOC corbières, ceux qui travaillent avec Antoine Robert ne peuvent pas planter plus de 50% de carignan ou utiliser des cépages qui n'appartiennent pas au cahier des charges.
Claude Vialade est pour sa part sortie des appellations pour passer en "vin de pays".
L'organisme qui veille sur les appellations, l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), doit ainsi arbitrer depuis plusieurs années entre conservation de la tradition et nécessité de s'adapter.
"Il y a un assouplissement des règles", assure Laurent Audeguin, chargé de la recherche au pôle "matériel végétal" de l'Institut français de la vigne et du vin (IFV).
Certaines appellations s'ouvrent ainsi à des cépages étrangers, anciens ou issus de sélections pour les rendre plus résistants.
Début juillet, l'INAO a annoncé qu'une petite partie (10%) des volumes issus de cépages expérimentaux pourraient être utilisés dans des assemblages au sein des appellations.
"Face au réchauffement climatique, tous les fers sont au feu et il ne faut négliger aucune piste", soutient M. Audeguin.