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Des milliers d'agriculteurs indiens convergent cette semaine vers New Delhi sur des tracteurs, tentant de relancer le mouvement de protestation de 2020-2021 qui avait bloqué les autoroutes vers la capitale pendant plus d'un an.
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Le Premier ministre Narendra Modi avait alors été contraint de reculer et d'abroger des lois de déréglementation des marchés agricoles.
Les syndicats agricoles affirment que le gouvernement n'a depuis pas fait assez pour résoudre leurs problèmes, ce qui les a poussés à reprendre leur mouvement.
Des colonnes de police anti-émeute ont jusqu'à présent freiné l'avancée des manifestants avec des tirs de gaz lacrymogènes et des barricades en béton, mais les agriculteurs ont promis de continuer leur mouvement.
- Quelle est la situation du secteur agricole en Inde? -
Le secteur agricole indien est gigantesque et plongé dans de multiples difficultés. Il emploie plus de 45% de la main-d'œuvre du pays et représente 15% de son produit intérieur brut (PIB).
La "Révolution verte" des années 1970 avait fait de l'Inde, alors régulièrement confrontée à des pénuries alimentaires, un important exportateur de produits alimentaires.
La taille moyenne des exploitations reste modeste: plus de 85% des agriculteurs possèdent moins de deux hectares de terre. Et moins d'un agriculteur sur cent possède plus de 10 hectares, selon une enquête du ministère de l'Agriculture de 2015-2016.
Les pénuries d'eau, les inondations et des conditions météorologiques irrégulières liées au changement climatique, ainsi que l'endettement pèsent fortement sur les agriculteurs.
Plus de 300.000 d'entre eux se sont suicidés depuis les années 1990, selon les chiffres officiels, et les agriculteurs sont nombreux à déplorer un état de détresse financière constante.
"Nous travaillons de longues heures dans les champs et nous avons encore du mal à joindre les deux bouts", a indiqué à l'AFP Sandeep Kumar, 40 ans, en première ligne de la manifestation mercredi.
Les agriculteurs indiens ont néanmoins un poids politique important en raison de leur nombre : des dizaines de milliers de personnes avaient campé dans la banlieue de Delhi lors du précédent mouvement pour exiger que le gouvernement de Narendra Modi abandonne son projet de déréglementation de l'agriculture.
- Que demandent les agriculteurs? -
Les agriculteurs indiens disposent déjà de garanties de longue date obligeant le gouvernement à acheter certains produits, notamment le riz et le blé, lorsque leur prix tombe au-dessous d'un certain niveau sur le marché.
La principale revendication des syndicats est d'élargir ces prix minimum de soutien à toutes les cultures pour les protéger des fluctuations du marché.
Le gouvernement Modi avait promis d'examiner cette demande après les manifestations de 2021, mais les syndicats affirment que rien n'a été fait depuis.
Ils veulent également que les poursuites contre les dirigeants syndicaux datant de ces manifestations soient abandonnées et qu'une pension mensuelle de 120 dollars soit versée aux agriculteurs de plus de 60 ans.
Plusieurs autres revendications visent une plus grande protection des agriculteurs face aux fluctuations du marché : allègement des dettes, retrait de l'Inde de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et des accords de libre-échange, ainsi que l'assurance que les subventions existantes, notamment l'électricité gratuite, ne seront pas supprimées.
- Quelle a été la réponse du gouvernement? -
L'Inde dépense déjà plus de 50 milliards de dollars par an en subventions aux agriculteurs, selon des documents budgétaires.
Ces subventions ont parfois aggravé le manque de productivité en encourageant des cultures inadaptées aux conditions locales, comme le riz qui a épuisé les nappes phréatiques dans l'État du Pendjab.
Les subventions et les achats publics de produits agricoles ont fréquemment été des facteurs de corruption et de gaspillage.
Le gouvernement a tenu cette semaine plusieurs séries de négociations avec les syndicats pour désamorcer la crise, sans succès.
Le parti de M. Modi, le BJP, affirme que l'extension du système de prix minimum est régressive et inabordable, avec un coût estimé à au moins 140 milliards de dollars supplémentaires.
Le gouvernement a plutôt cherché à contenir les manifestations afin d'éviter un mouvement de grande ampleur comme celui de 2020-2021, qui avait suscité une grande sympathie dans l'opinion publique.