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Le patron du syndicat agricole majoritaire FNSEA a appelé jeudi Emmanuel Macron à exprimer sa vision pour l'agriculture "sans plus attendre", après plusieurs mois de mobilisation de la profession.
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"Le président de la République semble hésiter à prendre rendez-vous, celui qu'il nous avait promis au Salon de l'agriculture, en estimant que la situation n'était pas mûre", a souligné Arnaud Rousseau à la clôture du 78e congrès annuel du syndicat à Dunkerque.
"Qu'en est-il de l'ambition du chef de l'Etat? Le discours (de 2017, NDLR) de la montée en gamme a vécue", a-t-il ajouté. "Qu'il nous donne sa vision sans plus attendre."
Le patron de la FNSEA a aussi appelé le gouvernement à "reprendre la maîtrise de son administration" afin de mettre plus rapidement en oeuvre les mesures en faveur des agriculteurs.
"Il n'est pas admissible qu'il se passe un mois entre une décision ministérielle et la diffusion de l'instruction aux échelons administratifs territoriaux", a-t-il déclaré devant le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, venu au congrès.
Mais "nous avons avancé comme jamais", a-t-il affirmé avant de détailler les différentes actions engagées, comme il l'a souvent fait ces dernières semaines.
Avant son intervention, dans une salle remplie de congressistes ayant de nombreux griefs à l'encontre du gouvernement, un animateur avait appelé le public à respecter la prise de parole du ministre.
Des adhérents ont, pendant le discours, brandi des affichettes "Plan élevage", "Produire plus et vivre mieux", "Liberté d'usage de nos prairies", distribuées au préalable par le syndicat.
Au fond de la salle, quelques uns ont fait du bruit en tapant sur le sol. Autour de la tribune, des militants portaient les noms de leurs régions à l'envers, dans la veine des retournements de panneaux de ville qui ont marqué la mobilisation de la FNSEA et de son allié Jeunes agriculteurs (JA).
- "Ne pas lâcher" -
"Rarement, de mémoire de syndicaliste, autant de sujets ont été ouverts aussi vite" à l'issue d'un mouvement social, a reconnu Arnaud Rousseau.
"Personne ne croyait il y a encore quelques mois qu'on arrive à faire bouger les lignes aussi rapidement au niveau européen", a estimé de son côté Arnaud Gaillot, le président des JA.
Mais "il y a aussi encore plein de sujets qu'il ne faut pas lâcher", a-t-il ajouté en évoquant notamment l'eau, les pesticides et surtout la façon de faciliter l'installation de jeunes exploitants. Peut-être certains ne veulent-ils pas faire de l'agriculture pendant toute leur carrière, a-t-il remarqué.
Le 78e congrès de la FNSEA se tient depuis mardi au palais des congrès de Dunkerque, sous la garde d'un discret déploiement de forces de l'ordre. Les événements organisés par le syndicat majoritaire sont régulièrement la cible de manifestations d'organisations environnementales qui dénoncent le modèle porté par la FNSEA, qualifié de "productiviste" au détriment de la nature et jugé inadapté face au changement climatique.
Lors d'une table ronde, des représentants de plusieurs syndicats agricoles européens ont partagé des motifs communs d'insatisfaction, évoquant la bureaucratie, les normes environnementales, la concurrence des produits importés, l'influence des lobbys écologistes dans les hautes sphères du pouvoir, des décisions dictées par "l'idéologie" plutôt que par l'agronomie.
La révolte du monde paysan dans de nombreux pays européens est née en grande partie de l'accumulation de textes "qui a créé chez les agriculteurs une sensation d'étouffement réglementaire", a ainsi estimé Christiane Lambert, présidente du Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne et ex-patronne de la FNSEA.
Alors que le congrès est aussi un moment de galvanisation des troupes à moins d'un an des élections professionnelles en France, Christiane Lambert a visé les syndicats qui cherchent à fissurer l'hégémonie de la FNSEA et des JA.
"Des drapeaux jaunes à notre gauche (la Confédération paysanne, NDLR), des drapeaux jaunes à notre droite, qui parlent beaucoup mais qui agissent peu (la Coordination rurale, NDLR), la meilleure voie possible, celle de l'efficacité, elle se situe entre ces deux extrêmes", a-t-elle déclaré en appelant également les agriculteurs à voter lors des élections européennes en juin.
"C'est très facile de dire que tout est de la faute de l'Europe. Mais l'Europe, c'est à nous de la faire", a souligné la Belge Mariannne Streel, présidente de la Fédération wallonne de l'agriculture.