Le Canada est dans l'attente des résultats du référendum dans la riche province pétrolière de l'Alberta, dont les habitants devaient se prononcer lundi sur l'organisation d'un futur vote contraignant sur leur indépendance.
Ce scrutin est un test pour l'unité du pays, aux prises avec un conflit commercial avec Washington qui s'est envenimé cet été.
Le dernier bureau de vote a fermé dans la province peuplée de 5 millions d'habitants peu après 22H00 (04H00 GMT), soit avec plus de deux heures de retard, en raison d'une ouverture tardive.
Selon les autorités, les résultats seront officialisés dans la nuit mais les grands médias canadiens publieront des projections dès qu'une tendance claire apparaîtra.
Le Premier ministre canadien Mark Carney, qui a grandi dans l'Alberta, s'est impliqué personnellement ces derniers jours dans la campagne, parcourant la province et appelant les partisans de l'unité du pays à se mobiliser en masse.
Selon les enquêtes d'opinion, moins de 25% des Albertains se disent en faveur d'une sécession, mais les séparatistes veulent croire en leurs chances de l'emporter.
"Nous espérons gagner", a dit à l'AFP Mitch Sylvestre, l'un de leurs dirigeants, critiquant M. Carney qui a, selon lui, "menacé" la province en disant que "voter contre le Canada était dangereux".
- Intérêt de l'administration Trump -
Marginal il y a encore quelques années, le mouvement séparatiste de l'Alberta suscite l'intérêt de l'administration Trump - qui menace régulièrement d'annexer le Canada - et de ses alliés.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a qualifié en début d'année l'Alberta de "partenaire naturel" pour les Etats-Unis tandis que les indépendantistes ont été reçus au département d'État. Elon Musk a lui plaidé début octobre pour la sécession de la province.
L'Alberta dispose, avec ses gisements de sables bitumineux, des quatrièmes réserves mondiales prouvées de pétrole.
Ces richesses sont au centre des revendications des séparatistes qui affirment que l'État fédéral a étouffé l'industrie pétrolière avec ses réglementations environnementales, en particulier durant le mandat de l'ex-Premier ministre Justin Trudeau.
"Nous nous sentons volés, floués, maltraités", a déclaré Sandy Martel, 61 ans, lors d'un rassemblement séparatiste samedi à Edmonton, la capitale de l'Alberta.
Rompant avec son prédécesseur Justin Trudeau, M. Carney s'est rapproché des autorités de l'Alberta et a accéléré la construction d'un nouvel oléoduc vers la côte Pacifique.
Ce projet, qui doit permettre d'exporter le pétrole de l'Alberta en Asie, est l'un des piliers de sa stratégie visant à réduire la dépendance du Canada à l'égard des États-Unis.
- "Aucun de leurs arguments n'a de sens" -
David Gallagher, 58 ans, a voté lundi pour rester au sein du Canada et "arrêter" les séparatistes. "Aucun de leurs arguments n'a de sens", a-t-il dit à Edmonton.
Même s'il ne veut pas que l'Alberta devienne indépendante, Hayden Chann, étudiant de 21 ans, a lui soutenu en revanche l'organisation d'un référendum "afin de donner le choix au peuple".
En mai, le mouvement séparatiste est parvenu à recueillir suffisamment de signatures pour déclencher un référendum d'initiative populaire sur l'indépendance, avant qu'un juge local ne l'annule pour des motifs constitutionnels.
Mais la dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith - opposée à l'indépendance mais dont le parti compte des séparatistes dans ses rangs - a décidé d'organiser sa propre consultation.
Lors du référendum de lundi, le gouvernement provincial a également demandé aux électeurs s'ils souhaitaient que la province ait plus de contrôle sur l'immigration ou qu'elle réduise l'accès des immigrants temporaires à la santé publique.
La décision de Danielle Smith de faire voter les Albertains, afin d'apaiser la frange séparatiste de son parti, est comparée par des analystes au pari fait par le gouvernement britannique avec le référendum sur le Brexit de 2016.
Mark Carney, qui était alors à la tête de la Banque d'Angleterre, a mis en garde les habitants de la province contre un "bluff dangereux". Durant les années qui ont suivi le Brexit, "une énorme incertitude a régné, les investissements se sont arrêtés", a-t-il rappelé.
Au-delà de l'Alberta, M. Carney est confronté à d'autres velléités indépendantistes dans la province francophone du Québec où le Parti québécois, qui a remporté les élections début octobre, promet un nouveau référendum d'indépendance.
B.Francois--LCdB