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A dix jours du Salon de l'agriculture, Emmanuel Macron a reçu mercredi deux syndicats agricoles qui ont salué "l'écoute" du chef de l'Etat tout en choisissant de poursuivre la mobilisation sur le terrain, en attendant "la concrétisation" des annonces du gouvernement.
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Le président de la République, qui reçoit traditionnellement les syndicats avant le salon, s'est successivement entretenu dans l'après-midi avec des représentants de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne, respectivement 2e et 3e syndicats agricoles.
Il verra la semaine prochaine la FNSEA, majoritaire, tandis que son premier ministre Gabriel Attal doit se rendre jeudi dans une exploitation bovine de la Marne.
L'atmosphère reste électrique. Si les syndicats ont pris acte des aides d'urgence annoncées - 400 millions d'euros -, cela ne suffit pas selon eux pour répondre au malaise profond des campagnes où de nombreux agriculteurs ne parviennent pas à dégager "un revenu décent".
A ses côtés, Karine Duc, co-présidente de la CR en Lot-et-Garonne, a listé les "points forts" abordés, notamment la demande de "mesures d'urgence de trésorerie" pour les agriculteurs, la "simplification à tous les étages", la levée des contraintes de production, notamment environnementales, ou l'imposition aux importations des mêmes normes qu'en France.
"L'écologie, c'est nous qui la faisons dans nos champs, on a déjà fait plein d'efforts. Laissez-nous produire", a-t-elle ajouté, alors que le gouvernement a suspendu, à la consternation des ONG environnementales, le plan Ecophyto sur la réduction de l'usage des pesticides en France.
"Après les mesures annoncées par le gouvernement, nous avons demandé un calendrier clair", a indiqué Karine Duc, précisant que son syndicat maintiendrait "la pression" avec des actions aussi longtemps que nécessaire.
- "Au bout d'un système" -
Mercredi à Agen - d'où le syndicat avait initié un convoi vers Rungis, poumon alimentaire de la région parisienne -, des adhérents de la CR ont déversé de la paille devant une agence bancaire, pour réclamer la suspension des remboursements de prêts pour 2024.
La Coordination rurale a également prévenu le chef de l'Etat que toute réunion de l'exécutif avec la seule FNSEA "serait entachée du soupçon de la cogestion".
La veille, le patron de la puissante fédération, Arnaud Rousseau, et le président des Jeunes agriculteurs, Arnaud Gaillaud, avaient salué des "avancées" après deux heures de réunion avec Gabriel Attal, tout en indiquant également "maintenir la pression".
La FNSEA veut voir dans les fermes les premiers résultats des mesures de simplification, exige un "changement de logiciel" du gouvernement et attend la levée des freins à la production: interdiction de pesticides, concurrence déloyale, surabondance de normes et de paperasserie, selon elle.
"On contrôle plus nos agriculteurs que les points de deal et les trafics de drogue", a abondé le LR Laurent Wauquiez, qui nourrit des ambitions présidentielles pour 2027, lors de la dernière étape mercredi de son discret "tour de France agricole" de trois semaines.
FNSEA et JA ont obtenu de Gabriel Attal le principe d'un point mensuel de suivi sur la simplification, mais Arnaud Rousseau a prévenu: après deux semaines de blocage et la pire crise du monde agricole en 30 ans, "que personne ne pense que parce que les tracteurs sont rentrés, les choses sont réglées". La "qualité" de la visite d'Emmanuel Macron au salon "en dépendra".
La Confédération paysanne, reçue en fin d'après-midi par le président, a demandé "un signal fort" au gouvernement "pour mettre fin à la mise en concurrence des agriculteurs entre eux". "Nous demandons au gouvernement d'annoncer l'arrêt des négociations des traités de libre-échange", notamment celui du Mercosur avec l'Amérique latine, a déclaré sa porte-parole Laurence Marandola.
Sur la question du revenu, centrale pour le syndicat né des luttes paysannes altermondialistes, Laurence Marandola a plaidé pour légiférer sur "l'interdiction des transactions sous le prix de revient, c'est-à-dire les coûts de production, la rémunération et la protection sociale".
"On est au bout d'un système. Ce n'est pas une crise agricole comme les autres", avait-elle dit à l'AFP dans la journée.
Face au changement climatique, à la pollution des sols et à l'épuisement des hommes, la Confédération paysanne attend du gouvernement un "accompagnement fort pour la transition agro-écologique" et la réaffirmation "indispensable" d'une trajectoire ambitieuse de réduction des pesticides.
Elle non plus n'entend pas baisser la garde avant le Salon de l'agriculture et prévoit de nombreuses actions, pacifiques, partout en France. Dans le Var, elle a organisé mercredi devant un magasin Carrefour un "marché sauvage", proposant des "produits paysans" pour sensibiliser les consommateurs.