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La capitale haïtienne de Port-au-Prince est comme "paralysée" lundi au lendemain de la déclaration de l'état d'urgence par le gouvernement après l'évasion de milliers de détenus de prisons attaquées par des gangs.
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Depuis jeudi, des gangs armés, qui ont pris le contrôle de pans entiers du pays, y compris de la capitale, s'en prennent à des sites stratégiques, disant vouloir renverser le Premier ministre contesté Ariel Henry. Au pouvoir depuis 2021, ce dernier aurait dû quitter ses fonctions début février.
De nouveaux coups de feu ont résonné lundi après-midi à Port-au-Prince, où les écoles et les banques sont restées fermées, selon des journalistes de l'AFP sur les lieux.
Des rues ont été barricadées par la population, avec des pierres et des troncs d'arbre, ce qui est habituellement le signe d'une escalade des tensions. Peu de policiers étaient déployés dans la ville, selon les mêmes sources.
La capitale était comme "paralysée", a déclaré à l'AFP Carlotta Pianigiani, de l'ONG africaine d'aide médicale Alima, présente sur place.
Pays pauvre des Caraïbes, Haïti fait face à une grave crise politique, sécuritaire et humanitaire depuis l'assassinat en 2021 du président Jovenel Moïse, avec un processus politique au point mort.
- Nouvelle dimension -
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est dit "très inquiet de la rapide détérioration de la situation sécuritaire" et a appelé le gouvernement et ses partenaires internationaux à "faire avancer un processus politique (...) via la tenue d'élections".
Partageant également sa "grande inquiétude", Washington a pressé "toutes les parties prenantes" de "mettre fin à la violence".
Les violences ont pris une nouvelle dimension durant le weekend lorsque des gangs armés ont attaqué deux prisons de la capitale, au moment où le Premier ministre Henry se trouvait en visite au Kenya.
Au moins une dizaine de personnes sont mortes durant l'évasion de plusieurs milliers de détenus du Pénitencier national de Port-au-Prince, selon un journaliste de l'AFP.
Dix-sept Colombiens détenus pour leur implication présumée dans l'assassinat de Jovenel Moïse ont fait savoir lundi, par la voix de leur avocate, être toujours emprisonnés.
Des membres de gangs "attendaient à l'entrée de la prison pour les exécuter" afin de "rendre justice" au président tué, a assuré Me Sondra Macollins sur la radio colombienne Blu Radio, selon qui ils ont été transférés dans un commissariat de police.
Jeudi dernier, quatre policiers avaient été tués et cinq autres blessés dans des échanges de tirs à Port-au-Prince.
Plusieurs compagnies aériennes locales et internationales avaient suspendu leurs vols avant de les reprendre progressivement. Ils ont été de nouveau annulés lundi.
Selon l'ONU et des ONG, le début d'année a été particulièrement tendu, les dernières violences ajoutant de nouveaux déplacés à la liste des environ 200.000 déjà recensés il y a quelques mois par les Nations unies.
- "Encore plus dans le chaos" -
Ces déplacés, dont nombreux enfants et femmes, certaines enceintes, occupent "de manière informelle" des écoles, des terrains de football, des gymnases ou encore des bâtiments publics, a énuméré Carlotta Pianigiani.
"Ils dorment à même le sol, dans des abris de fortune faits de bâches en plastique" et sans accès à "toute une série de services de base", tels que des soins, latrines ou eau potable.
"Cette semaine, le plus grand hôpital public du pays a suspendu ses activités", a également expliqué Carlotta Pianigiani, déplorant que son ONG ait dû elle aussi réduire ses interventions en raison des violences.
Selon l'ONU, plus de 8.400 personnes ont été victimes l'année dernière de la violence des gangs, incluant morts, blessés et enlèvements, "soit une augmentation de 122% par rapport à 2022".
L'ONU et les Etats-Unis soutiennent le déploiement d'une mission internationale en Haïti qui doit être dirigée par le Kenya.
Ariel Henry, qui a signé la semaine dernière à Nairobi un accord pour l'envoi de policiers kényans dans son pays dans le cadre de cette mission, était lundi sur le chemin du retour pour Haïti, selon le département d'Etat américain.