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Emmanuel Macron reçoit jeudi les chefs de parti pour évoquer le conflit en Ukraine en amont d'un vote parlementaire, et après avoir agité l'éventualité d'une présence militaire sur le terrain qui a ravivé les clivages avant les élections européennes.
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"Je pense que ça clarifiera" les positions, a dit le chef de l'Etat à quelques journalistes mardi en marge d'un déplacement à Prague. "C'est un moment de vérité", abonde son entourage, évoquant des fissures dans "l'unanimité" constatée encore l'été dernier sur le soutien à Kiev.
La porte-parole du gouvernement Prisca Thevenot a même jugé mercredi "assez évident que le Rassemblement national" n'était pas aligné sur la position de l'exécutif qui est de "refuser que Vladimir Poutine gagne".
En déplacement à La Haye, le Premier ministre Gabriel Attal a lui aussi accusé le RN de "soutenir davantage la Russie que l'Ukraine".
En musclant son discours ces dernières semaines face à Moscou et en tentant, avec des propos parfois controversés, d'imposer son leadership dans le soutien à l'Ukraine, le président de la République a replacé la guerre au coeur du débat politique, et donc de la campagne en vue du scrutin de juin.
Alors que le RN, mené par Jordan Bardella, fait la course largement en tête dans les sondages, il a demandé mercredi à ses ministres de se "battre pied à pied" dans la campagne macroniste qui sera lancée samedi lors d'un meeting à Lille.
"Ne laissez pas entrer les nationalistes. Ils étaient déjà la guerre. Ils sont désormais la défaite face à la Russie", a martelé Emmanuel Macron devant son gouvernement.
Son camp espère creuser ce sillon à la faveur d'une série de rendez-vous.
Le président, qui a promis de se rendre en Ukraine avant mi-mars, s'est ainsi entretenu mercredi soir à l'Elysée avec ses prédécesseurs François Hollande et Nicolas Sarkozy, juste avant la réunion de ce jeudi à 10h30 avec les dirigeants des formations politiques représentées au Parlement.
Il doit leur présenter à huis clos les résultats de la conférence internationale pour amplifier le soutien militaire à l'Ukraine organisée la semaine dernière à Paris.
La stratégie française fera ensuite l'objet d'un débat, suivi d'un vote, au Parlement - mardi prochain à l'Assemblée nationale, puis mercredi au Sénat.
Or, ce débat s'annonce agité. Non pas tant au sujet de l'accord bilatéral de sécurité signé mi-février par Emmanuel Macron avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, sur lequel porte formellement le vote, mais en raison des récentes déclarations présidentielles.
- Bousculer les alliés -
Le 26 février, le chef de l'Etat a estimé que l'envoi, à l'avenir, de troupes occidentales en Ukraine ne devait pas "être exclu", afin de bien signifier à Vladimir Poutine que tout sera fait pour qu'il perde cette guerre.
A l'Elysée, les oppositions de gauche comme de droite comptent lui réitérer jeudi leur désapprobation farouche à tout envoi de troupes.
"Soutenir la résistance ukrainienne oui. Jeter des torches dans la poudrière, non!", a protesté mercredi le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure devant quelques journalistes. "La guerre est un sujet trop grave pour être instrumentalisé au service de sa campagne pour les élections du 9 juin", a-t-il ajouté.
Au sortir de son entretien à l'Elysée, François Hollande a jugé qu'il fallait se garder de "tout ce qui altère l'unité de l'Europe".
Pour Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, la France doit renforcer son action diplomatique, "et pour ça, elle doit écarter toute hypothèse qui la rendrait belligérante". Le patron du parti Les Républicains Eric Ciotti a lui déploré l'image d'une France "isolée".
La semaine dernière, Jordan Bardella avait estimé que la sortie d'Emmanuel Macron avait "affaibli la position française en étalant au grand jour les divisions de l'Europe", faisant selon lui "le jeu du Kremlin".
Mais même au sein du camp présidentiel, certains émettent quelques doutes sur le positionnement de l'exécutif. "Je ne crois pas qu'il faut en faire un enjeu de campagne", prévient un allié du président.