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Le Sénégal a commencé à dépouiller les bulletins de la présidentielle dimanche après le premier tour de cette élection à l'issue totalement imprévisible après trois années d'agitation et de crise politique.
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Les bureaux ont fermé officiellement à l'heure prévue de 18H00 (locales et GMT) avant d'entamer immédiatement les opérations de dépouillement, ont constaté des journalistes de l'AFP dans deux bureaux à Dakar. Des agents du vote ont déversé sur une table les enveloppes contenues dans les urnes.
"On y est finalement arrivé. Alhamdoulila (Dieu soit loué). Ces derniers temps n'ont pas été faciles pour le Sénégal", s'est félicitée Mita Diop. "Mais tout ça est derrière nous", s'est réjouie cette commerçante de 51 ans, devant un bureau de vote à Dakar.
De premiers résultats provisoires officieux pourraient être publiés dans la nuit. La date d'un éventuel second tour n'est pas fixée.
Le chef de l'opposition antisystème Ousmane Sonko, qui a fait campagne pour son second Bassirou Diomaye Faye parce que lui-même était disqualifié, a parlé de mobilisation record, notamment des jeunes sur lesquels son camp fonde ses espoirs, après avoir voté dans son fief de Ziguinchor (sud).
Les deux principaux concurrents, M. Faye et Amadou Ba, se sont déclarés "confiants" en une victoire dès le premier tour.
- "mise en garde" -
Le président sortant Macky Sall, qui a voté avec son épouse à Fatick (centre-ouest), a mis en garde contre les revendications de victoire prématurées.
Quelque 7,3 millions d'électeurs étaient appelés à choisir entre 17 concurrents, dont une femme.
Amadou Ba, 62 ans, dauphin et Premier ministre il y a encore quelques semaines du président Sall, et Bassirou Diomaye Faye, 43 ans, le "candidat du changement de système" et d'un "panafricanisme de gauche", sont donnés favoris d'une compétition qui tranchera entre continuité et changement peut-être radical.
L'ancien maire de Dakar Khalifa Sall, 68 ans, est cité comme outsider.
Le scrutin est suivi avec attention, le Sénégal étant considéré comme l'un des pays les plus stables d'une Afrique de l'Ouest secouée par les putschs. Dakar maintient des relations fortes avec l'Occident, tandis que la Russie renforce ses positions alentour.
La société civile, l'Union africaine, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et l'Union européenne déploient des centaines d'observateurs.
Les Sénégalais devaient initialement voter le 25 février. Les urnes et les bulletins de dimanche arboraient toujours cette date.
Malgré ces atermoiements, les observateurs de l'UE ont constaté que les opérations s'étaient déroulées "dans le calme, dans l'efficacité et (de manière) très ordonnée", a dit la cheffe de la mission, Malin Björk.
C'est la première fois qu'un président sortant ne se présente pas à sa réélection.
- "nouvelles bases" -
Amadou Ba se présente en héritier de l'action du président Sall et en rempart contre les "aventuriers" et les "amateurs". "Nous allons consolider, nous allons approfondir, nous allons accélérer, nous allons améliorer et nous irons plus vite", a-t-il dit en votant avec sa femme à Dakar.
M. Faye s'est décrit comme un "choix pour la rupture" en votant au côté de ses deux femmes dans son village de Ndiaganiao (ouest).
"Macky Sall a beaucoup travaillé et c’est pour ça que je vais voter pour Amadou Ba, pour continuer le travail", dit à Dakar Ndeye Penda Faye, femme de ménage de 23 ans.
Au contraire Diaraaf Gaye, commerçant de 26 ans, a "voté Diomaye sans réfléchir". "Il est temps que le pays parte sur de nouvelles bases avec des jeunes" au pouvoir, dit-il.
M. Ba doit assumer l'héritage du président Sall, une pauvreté persistante, un chômage élevé, et les centaines d'arrestations de la période récente.
Le pays a connu depuis 2021 des épisodes de troubles causés par le bras de fer entre Ousmane Sonko et le pouvoir, conjugué aux tensions sociales et au flou longtemps maintenu par le président Sall sur sa candidature à un troisième mandat. La crise s'est prolongée avec le report de la présidentielle.
Des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines arrêtées, mettant à mal l'image du pays, injustement selon le gouvernement.