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L'opposant antisystème Bassirou Diomaye Faye, encore en prison il y a une dizaine de jours, semble avoir pris l'avantage à la présidentielle au Sénégal, mais le camp du pouvoir a assuré qu'il y aurait un second tour.
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Une victoire de M. Faye s'apparenterait à un séisme politique.
Après trois années d'agitation et de crise, les Sénégalais attendent toujours lundi de connaître l'issue du scrutin présidentiel de la veille, qui tranchera entre continuité et changement peut-être radical.
Des résultats officiels ne devraient pas être connus avant le courant de la semaine.
La commission électorale nationale a jusqu'à vendredi pour publier des résultats provisoires, avant leur validation par le Conseil constitutionnel.
Il faut la majorité absolue des suffrages exprimés pour l'emporter au premier tour. A défaut, les deux premiers disputent un second tour.
Les résultats publiés dans les médias et sur les réseaux sociaux placent le candidat Bassirou Diomaye Faye nettement devant celui du pouvoir, Amadou Ba, et très loin devant les autres. Des journaux proclament la victoire de M. Faye à leur une.
"Elle est presque acquise (la victoire à l'élection, ndlr) parce que d'après ce qu'on voit, d'après les chiffres qui viennent de tomber là, je vous dis que il n'y aura pas de deuxième tour", "on est sûr de cela", se réjouissait dimanche soir Serigne Aïssanine, coordinateur jeunesse de la coalition Diomaye Président.
"Vous allez voir un autre visage des Sénégalais et du Sénégal. Parce que c'est une révolution totale. Tout va changer. Du côté comportement, du côté social, du côté financier, tout va changer", a déclaré Coumba Diallo dite “Queen Biz”, une chanteuse qui soutient M. Faye.
Ce dernier a gardé le silence.
Au moins huit des 17 candidats ont félicité M. Faye au vu des résultats provisoires publiés par les médias. La certitude de la victoire a déclenché des scènes de liesse parmi ses sympathisants dans la capitale.
Mais la direction de campagne du candidat du pouvoir a assuré que ces manifestations étaient prématurées. Elle s'est dite certaine que, "dans le pire des cas", M. Ba serait au second tour.
Amadou Ba a fait une brève apparition devant ses supporteurs dans la nuit et leur a dit qu'il fournirait une appréciation "définitive" vers midi (locales et GMT). Il a affirmé son attachement à l'état de droit.
- "Rupture" -
Une victoire de M. Faye pourrait annoncer une profonde remise en cause systémique, pas seulement parce qu'à 44 ans, depuis ce lundi, il deviendrait le plus jeune président du Sénégal.
M. Faye, bénéficiant d'une loi d'amnistie, est sorti de onze mois d'emprisonnement dix jours avant l'élection, en même temps que son guide et chef de leur parti dissous Ousmane Sonko.
M. Faye se veut le "candidat du changement de système" et d'un "panafricanisme de gauche". Son programme insiste sur le rétablissement de la "souveraineté" nationale, bradée selon lui à l'étranger. Il a promis de combattre la corruption et mieux répartir les richesses, et s'est aussi engagé à renégocier les contrats miniers, gaziers et pétroliers conclus avec des compagnies étrangères.
Le Sénégal pourrait commencer à produire du gaz et du pétrole en 2024.
Ce pays de 18 millions d'habitants a connu depuis 2021 différents épisodes de troubles causés par le bras de fer entre Ousmane Sonko et le pouvoir, conjugué aux tensions sociales.
Le Sénégal a plongé dans l'une de ses plus graves crises depuis des décennies quand le président Sall a décrété le 3 février un report de la présidentielle prévue trois semaines plus tard.
Les troubles ont fait des dizaines de morts en trois ans et donné lieu à des centaines d'arrestations.
Les deux camps se rejettent mutuellement la faute de ces évènements qui ont altéré la vitrine démocratique sénégalaise. M. Faye a promis "la rupture" en votant au côté de ses deux épouses dimanche dans son village de Ndiaganiao (ouest).
M. Ba, qui était encore il y a quelques semaines le Premier ministre du président Sall, se pose en garant de la stabilité. Il présente MM. Faye et Sonko comme des "aventuriers" ou des "amateurs".
Il lui faut assumer cependant tous les aspects de l'héritage du président Sall: les grands travaux qui ont transformé le visage du Sénégal, mais aussi une pauvreté persistante, un chômage élevé, et les centaines d'arrestations de la période récente.