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Les dirigeants américain Joe Biden et israélien Benjamin Netanyahu doivent se parler au téléphone jeudi, trois jours après qu'une frappe israélienne a tué des humanitaires étrangers à Gaza, fissurant un peu plus les relations entre Washington et son allié.
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"Le président Biden et le Premier ministre Netanyahu se parleront demain", a indiqué mercredi soir à l'AFP un responsable américain, confirmant des informations de presse.
La dernière conversation entre les deux dirigeants remonte au 18 mars, dans un contexte déjà tendu face à la dégradation de la situation humanitaire dans le territoire palestinien soumis à des bombardements incessants depuis près de six mois.
Les relations se sont encore crispées depuis, Washington ayant permis le vote par le Conseil de sécurité de l'ONU fin mars d'une résolution appelant à un "cessez-le-feu immédiat" rejeté par Israël.
M. Biden s'est publiquement "indigné" de cette frappe et a estimé qu'Israël n'en faisait "pas assez" pour protéger les volontaires venant en aide à la population civile à Gaza.
- Mea culpa -
Les dépouilles des six Occidentaux (une Australienne, un Polonais, un Américano-canadien et trois Britanniques), qui ont été tués avec un humanitaire Palestinien, ont été transférées mercredi en Egypte, où elles ont été remises aux représentants de leurs pays respectifs.
L'armée israélienne a fait son mea culpa, son chef d'état-major Herzi Halevi reconnaissant "une grave erreur" qui "n'aurait pas dû se produire".
M. Netanyahu a pour sa part évoqué une frappe "tragique", sans toutefois manifester d'intention d'infléchir le cours des opérations à Gaza, où il a juré de neutraliser le Hamas après l'attaque perpétrée par le mouvement islamiste palestinien le 7 octobre.
Le dirigeant israélien se retrouve toutefois soumis à une pression accrue de sa propre opinion publique et fait face à des manifestations à répétition d'opposants et de familles d'otages en colère.
Mercredi soir, le dirigeant d'opposition Benny Gantz, membre du cabinet de guerre et rival principal de M. Netanyahu, a appelé à des élections législatives anticipées en septembre, approuvé par le chef de la majorité démocrate au sénat américain, Chuck Schumer.
Depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre, Joe Biden a offert un soutien inébranlable à l'offensive menée par Israël dans le petit territoire palestinien.
- Pression sur Biden -
Mais le démocrate de 81 ans, qui briguera sa réélection en novembre, fait face à des appels toujours plus pressants pour répondre à la catastrophe humanitaire en cours à Gaza.
Selon un sondage Gallup mené au début du mois de mars, 55% des Américains désapprouvent désormais l'opération militaire israélienne, contre 45% en novembre dernier.
M. Biden a refusé jusqu'ici de poser des conditions à l'aide militaire américaine à Israël, et demande que tout cessez-le-feu soit lié à une libération des otages encore détenus dans le petit territoire palestinien.
L'attaque du Hamas le 7 octobre dans le sud d'Israël a fait 1.170 morts, essentiellement des civils, selon un nouveau décompte de l'AFP à partir de données officielles. D'après Israël, plus de 250 personnes ont été enlevées et 130 d'entre elles sont toujours otages dont 34 sont mortes, à Gaza.
Les opérations israéliennes menées à Gaza en représailles ont fait au moins 32.975 morts, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.
Depuis le début de la guerre, 196 travailleurs humanitaires ont été tués à Gaza, dont 175 de l'ONU, selon le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui ne cesse d'appeler à un cessez-le-feu.
- "Pire que catastrophique" -
De retour d'une mission à Gaza, Dominic Allen, représentant du Fond des Nations unies pour la population (UNFPA), a jugé la situation "pire que catastrophique" dans le territoire où l'aide humanitaire, strictement contrôlée par Israël, n'entre qu'au compte-gouttes.
"Les livraisons de farine sont retardées et il y a une pénurie (...) Il y a aussi une pénurie de légumes, de viande et d'autres produits essentiels comme les légumineuses, les lentilles et les pois chiches", a relevé mercredi pour l'AFP un habitant de Gaza-Ville venu tenter de récupérer des denrées alimentaires et qui n'a pas donné son nom.
"Nous dormons dans la rue, dans le froid, sur le sable, endurant des épreuves pour assurer la nourriture de nos familles, en particulier de nos jeunes enfants", a témoigné un autre Gazaoui.
A la suite de la frappe dont elle a été victime lundi, World Central Kitchen, qui fournissait quotidiennement des repas à Gaza, a annoncé suspendre ses opérations, accroissant encore les craintes pour la situation alimentaire des quelque 2,4 millions d'habitants.
A la suite de cette annonce, un second bateau chargé d'aide humanitaire est retourné à Chypre, d'où il était parti, alors qu'il était parvenu au large de Gaza, selon le site Vesselfinder.
L'ONG Human Rights Watch (HRW) a estimé que la frappe israélienne contre les sept membres de l'organisation avait "les caractéristiques d'une frappe aérienne de précision, ce qui indique que l'armée israélienne avait l'intention de frapper ces véhicules".
Selon le point quotidien jeudi matin du ministère de la Santé du Hamas, qui a fait état de frappes notamment sur Khan Younès, Wadi al Salqa, Deir el Balah, et Rafah, les opérations israéliennes ont fait 61 morts au cours des dernières 24 heures.