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Sous pression, Gérald Darmanin a appelé lundi à la "mobilisation générale" afin de "faire la vérité" après les défaillances dans l'affaire Lyhanna, qui suscite toujours une vive émotion, partagée par des milliers de manifestants en soirée.
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"Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs", a insisté le ministre de la Justice lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion avec les procureurs généraux pour leur demander de "reprendre l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants", soit environ 70.000.
Depuis la découverte jeudi du corps de la collégienne de 11 ans dans le Gers et les révélations sur des plaintes pour viols sur mineures - certaines procédures ayant ensuite été classées - dont le suspect a fait l'objet, l'institution judiciaire est mise en cause de toutes parts.
"Il nous a dit de regarder les choses en face, c'est ce qu'on doit aux Français. Pour nous aussi, c'est un échec collectif", a relevé auprès de l'AFP la procureure générale de Paris, Marie-Suzanne Le Quéau.
Le plus haut procureur de France, Rémy Heitz, a estimé sur France 2 qu'il fallait "absolument tout mettre à plat pour que plus jamais" une telle "catastrophe" judiciaire ne se reproduise.
Le procureur général près la Cour de cassation a aussi appelé à ce que les magistrats puissent "travailler dans la sérénité" et la "confiance".
- "J'ai peur pour mes petits-enfants"
Des rassemblements ont eu lieu devant des dizaines de tribunaux à travers la France. Selon la préfecture de police, à Paris, 1.700 personnes se sont rassemblées près du palais de justice de l'île de la Cité, et 1.200 place Vendôme devant la Chancellerie.
A Agen (Lot-et-Garonne), dont le parquet est chargé de l'enquête sur Lyhanna, plus d'un millier de personnes, dont des enfants, se sont rassemblées devant le palais de justice. "La parole des enfants n'est pas du tout prise au sérieux", a déploré Lori Bess, l'une des organisatrices.
En Seine-Saint-Denis, les magistrats du tribunal de Bobigny, deuxième plus grosse juridiction de France, ont dénoncé "l'hypocrisie" du garde des Sceaux sur la priorisation des contentieux liés aux violences faites aux enfants et "l'aveuglement" face à un "abandon des acteurs de la protection de l'enfance".
Lundi, le ministre de la Justice a répété que des sanctions seraient prises après des "défaillances extrêmement graves". Une inspection - justice, gendarmerie et Education nationale - doit rendre ses conclusions sous 15 jours.
- Réunion à Matignon mardi -
Pilier du gouvernement, Gérald Darmanin a écarté l'idée d'une démission, car "cette défaillance ne tenait pas aux instructions que le ministère a données", a-t-il martelé.
Lui et son collègue de l'Intérieur, Laurent Nuñez, seront auditionnés mardi matin par la commission des Lois du Sénat.
Sébastien Lecornu a promis d'"accélérer" l'examen au Parlement d'une proposition de loi globale et transpartisane sur les violences sexistes et sexuelles, en réponse à l'affaire Lyhanna, et d'"enrichir" le projet de loi sur la protection des enfants, a-t-il annoncé dans un courrier à ses ministres rendu public lundi soir.
Le Premier ministre va en outre réunir plusieurs ministres (Intérieur, Justice, Santé, Éducation nationale et Égalité) mardi matin à Matignon "afin d'examiner et arbitrer de nouvelles mesures concrètes permettant de mieux recueillir, entendre et protéger la parole des enfants et des victimes dans les affaires de viol et de harcèlement sexuel".
Dans l'affaire Lyhanna, la plainte qui concentre les critiques avait été déposée le 22 août 2025 à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) par la mère d'une fillette de 11 ans pour des faits de viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect, Jérôme B.
Après plusieurs actes d'enquête, dont des examens médico-légaux corroborant les déclarations de la petite fille, le parquet de Toulouse s'était dessaisi au profit de celui d'Auch, territorialement compétent. Transmis par voie postale fin 2025, le dossier n'a été adressé à la gendarmerie de Lectoure (Gers) que le 9 janvier 2026.
Il est "inadmissible" que des magistrats "soient désignés responsables et soumis à la vindicte et aux menaces", a mis en garde lundi Ludovic Friat, président de l'Union syndicale des magistrats (majoritaire).
Si le budget de la Justice a augmenté ces dernières années, il ne comble pas, selon le président de la Conférence nationale des procureurs de la République, Frédéric Chevallier, un retard structurel: la France compte trois procureurs pour 100.000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe.