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Une grève pour rien? La direction de la SNCF est restée muette mercredi, au soir d'une mobilisation qui a vidé les quais des gares pour marquer l'opposition des cheminots à la filialisation du groupe public et demander des hausses de salaires.
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La SNCF "ne fera aucune déclaration mercredi", ni sur l'analyse de l'ampleur du mouvement social, ni sur la suite de la réorganisation en cours, a indiqué la direction à l'AFP.
"Le dialogue social continue" a souligné la même source, en donnant rendez-vous aux représentants des salariés pour une table ronde le 23 juin, "comme prévu", alors que les quatre syndicats organisateurs de la grève (CGT, Unsa, Sud et CFDT) demandaient l'ouverture de "négociations immédiates", dès mercredi.
Analysant à chaud le rapport de force, Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots, premier syndicat du groupe, a estimé que "près d'un cheminot sur deux" a fait grève mercredi.
- "Implication très forte" -
"Il y a une implication très forte" de "tous les cheminots", a-t-il dit lors d'un rassemblement de quelques centaines de grévistes franciliens à Paris, notamment dans les filiales nouvellement créées: 70% à Sud Azur, la filiale en Paca, 80% chez les conducteurs de tram de la filiale Loire-Océan ou sur les lignes T12 et T13 en Ile-de-France, selon la CGT.
Les syndicats vont se réunir "jeudi après-midi" pour décider de la suite du mouvement, a-t-il dit.
Sur les quais désertés un peu partout en France, des écrans avertissaient les voyageurs que la circulation était "perturbée" en raison d'un "mouvement social national". Seuls les trains maintenus, beaucoup moins nombreux qu'à l'ordinaire, apparaissaient.
Les très rentables lignes internationales ont été affectées, malgré le remplacement à bord des trains de personnels grévistes par des volontaires non grévistes, et formés, pour tenter de limiter l'impact sur les activités commerciales.
Gare du Nord à Paris, sur 15 TGV au départ entre 16H00 et 18H00, cinq ont été annulés, vers Bruxelles, Amsterdam et Londres, selon le site de la SNCF.
Les voyageurs, prévenus individuellement à l'avance, ont pu changer leurs billets.
Parmi les usagers, les réactions à l'arrivée de la concurrence dans le ferroviaire -au coeur des revendications des salariés- sont diverses.
En gare de Marseille Saint-Charles, Bernard, enseignant à la retraite, juge la grève "tout à fait justifiée": "je suis affolé par l'état du service public ferroviaire, qui n'existe pratiquement plus dans notre pays, et je comprends assez bien le mécontentement des agents de la SNCF", ajoute cet homme.
- "Transformation interne majeure" -
Depuis mi-2025, Marseille accueille la ligne à grande vitesse Paris-Marseille de Trenitalia, mais aussi le premier service voyageurs régional privé assuré par Transdev entre Marseille et Nice.
A la gare Lille-Flandres, Nathalie, 62 ans, appelle la concurrence de ses voeux: "Je prenais déjà ce train quand j'étais étudiante, et en 30 ans j'ai vu le service se dégrader", regrette-t-elle.
Au cœur de la protestation des salariés, figure notamment la création de filiales pour répondre aux appels d'offres des régions destinés à déterminer qui exploitera les trains au départ de chaque métropole.
Si certains élus régionaux voient dans la concurrence un potentiel d'amélioration de la qualité et du nombre de trains, les syndicats fustigent des gains de productivité sur le dos des salariés des filiales.
Au total, "27.000 salariés SNCF" sont "embarqués dans la concurrence" et potentiellement transférés dans des filiales locales de la taille d'une PME de 400 à 500 salariés, a confirmé mardi Jean-Aimé Mougenot, directeur TER délégué chez SNCF Voyageurs, lors du salon du transport public Mobco à Paris.
Il s'agit d'une "transformation interne majeure", admet-il en affirmant que la SNCF fait tout pour que le transfert se passe le mieux possible.
Pour les syndicats, qui font le parallèle avec France Telecom il y a quelques années, le bouleversement dans les habitudes de travail est tel que les plus fragiles trinquent: le nombre d'accidents du travail a augmenté, et 13 suicides sont déplorés depuis début 2026.
La SNCF se dit à l'écoute, mais souligne qu'aucun des salariés concernés n'était dans des entités ouvertes à la concurrence ni soumise à transformation.