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Le Roumain Cristian Mungiu a décroché samedi sa deuxième Palme d'or à Cannes avec "Fjord", film mettant au jour les fractures et les contradictions des sociétés proclamant leur tolérance et leur ouverture aux autres.
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"Les sociétés sont fracturées et radicalisées et ce film est un engagement contre toute forme d'intégrisme", a déclaré le cinéaste de 58 ans, qui avait reçu sa première Palme en 2007 avec "4 mois, 3 semaines, 2 jours", charge contre la criminalisation de l'avortement en Roumanie.
Dans "Fjord", le réalisateur-scénariste enracine son récit en Norvège où un très pieux couple évangélique (Sebastian Stan et Renate Reinsve) s'installe avec ses cinq enfants et semble d'abord s'intégrer sans heurts.
"Il faut beaucoup plus d'attentes à l'égard d'une société progressiste qui considère qu'elle a trouvé les bonnes réponses pour l'avenir et qui considère toujours qu'elle est supérieure", avait déclaré à l'AFP Cristian Mungiu, devenu samedi le 10e cinéaste à décrocher deux Palmes à Cannes.
Son film a coiffé un autre favori de la compétition, "Minotaure" qui dépeint la déliquescence de la société russe en disséquant un drame familial sur fond de guerre en Ukraine.
Son réalisateur, l'exilé russe Andreï Zviaguintsev, a obtenu le Grand prix et a interpellé frontalement Vladimir Poutine sur la scène du Palais des festivals à Cannes. "La seule personne qui puisse mettre fin à cette boucherie (en Ukraine, ndlr) est le président de la Fédération de Russie. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela", a-t-il tonné.
- "Expérience de vie" -
Côté interprétation, le jury présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook a créé la surprise en distinguant les deux jeunes acteurs principaux de "Coward" du Belge Lukas Dhont, qui raconte une passion cachée entre jeunes soldats dans le chaos des champs de bataille de la Grande Guerre.
"J'espère vraiment que ce film va permettre à des jeunes hommes, des jeunes filles, des jeunes personnes de pouvoir s'aimer eux-mêmes", a déclaré Emmanuel Macchia, 20 ans, dont c'était le tout premier rôle à l'écran. Son partenaire à l'écran, le Français Valentin Campagne, 22 ans, qui avait été à l'affiche de "Dossier 137", a rappelé "l'importance de danser, de vivre, d'aimer".
Pour l'interprétation féminine, le jury a également distingué un duo, en décernant le prix d'interprétation à la star belge Virginie Efira et à la Japonaise Tao Okamoto pour leur rôle dans "Soudain" de Ryūsuke Hamaguchi, chronique douce-amère autour d'une maison de retraite en France.
"C'est une expérience de vie qui restera gravée à jamais", s'est exclamée Virginie Efira.
La sensation espagnole du festival, "La bola negra", fresque queer à travers les âges, a obtenu le prix de la mise en scène ex-aequo avec "Fatherland", qui suit le retour d'exil de l'écrivain allemand Thomas Mann en 1949.
Portrait acéré d'un zélé fonctionnaire de Vichy et coup de coeur français du festival, "Notre salut", du Français Emmanuel Marre a, de son côté, décroché le prix du scénario.
Le palmarès a notamment laissé sur le carreau deux cinéastes de renom, l'Espagnol Pedro Almodovar et l'Américain James Gray, reparti bredouille de Cannes pour la sixième fois.
En amont du palmarès, le festival a été le théâtre d'une polémique qui a mis en ébullition le monde du cinéma. Une tribune visant Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+, a suscité la colère du président du groupe Maxime Saada, qui a déclaré ne plus vouloir travailler avec les 600 signataires du texte.
Sa sortie a provoqué l'incompréhension des professionnels du secteur qui se sont inquiétés de l'existence d'une "liste noire" dans une industrie dont Canal+ est le principal financeur.
Depuis, près de 4.000 personnes supplémentaires ont signé la tribune, selon le collectif Zapper Bolloré, dont quelques stars internationales (Javier Bardem, Ken Loach...) mais peu de figures de premier plan du cinéma français.