"Beaucoup d'amour dans la pièce", selon Donald Trump: les alliés de l'Otan ont affiché leur unité mercredi à Ankara, à l'issue d'un sommet au cours duquel le président américain a alterné virulentes attaques et un ton extraordinairement conciliant.
Dans leur déclaration finale, tous les pays de l'Alliance ont réaffirmé leur engagement "indéfectible" envers la clause d'assistance mutuelle, consacrée par l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord, pierre angulaire de l'organisation.
"Une attaque contre un Allié est une attaque contre tous", rappelle le texte.
Sur l'Ukraine, les 32 pays de l'Otan réaffirment également leur soutien sans faille à ce pays en guerre contre la Russie, qui, affirment les Alliés, "contribue à la sécurité transatlantique".
"Je retourne en Allemagne avec le sentiment que (...) que l’Otan reste unie, qu’elle devient plus forte et plus européenne", a résumé le chancelier allemand Friedrich Merz.
"Il y avait beaucoup d'amour dans la pièce, beaucoup d'unité", a lancé de son côté le président américain. “Tout était magnifique”, a-t-il ajouté, louant son hôte turc Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis plus de deux décennies, "un grand leader (...) très puissant"
"Nous voulons rester avec vous", avait-il affirmé un peu plus tôt à ses homologues lors de la réunion à huis-clos, selon une source y ayant participé.
Un ton apaisé qui rappelle celui du précédent sommet à La Haye en 2025 où Donald Trump avait célébré un "succès monumental" après l'engagement des pays à consacrer au moins 5% de leur produit intérieur brut à leur sécurité.
Mais un ton qui contraste de manière saisissante avec ses propos quelques heures plus tôt lorsqu'il avait ressassé des critiques anciennes.
- "Pas content" -
"Je ne suis pas content de l'Otan parce qu'ils n'ont pas voulu nous aider face au principal Etat qui soutient le terrorisme, à savoir l'Iran", avait-il lancé.
Il avait aussi exprimé sa frustration de ne pas avoir pu s'emparer du Groenland, ce qui constitue un "grand problème" à ses yeux. "Le Groenland est très important pour les Etats-Unis, mais n'est pas important pour le Danemark".
Donald Trump a par ailleurs vivement fustigé l'Espagne, qualifiée de "cause perdue", avec laquelle les Etats-Unis vont selon lui "cesser tout échange commercial", accusant à nouveau Madrid de ne pas pas participer aux dépenses de défense de l'Otan.
Mais le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a assuré ensuite avoir un échange "courtois" avec le milliardaire républicain, louant les relations "très positives" entre l'Espagne et les Etats-Unis.
"Je suis là pour préserver l'unité, ou du moins faire de mon mieux pour maintenir l'unité de l’Alliance", a expliqué de son côté le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte à l'issue du sommet. "Et cela signifie que, lorsqu’il y a des discussions ou parfois des sujets de friction entre Alliés, je n’en fais pas de commentaires en public".
"Il y a un engagement complet" des États-Unis au sein de l'Otan, a-t-il martelé, saluant le rôle joué par Donald Trump depuis son retour au pouvoir.
Chiffres et graphiques à l'appui, le secrétaire général de l'Otan s'efforce depuis des mois de démontrer à Donald Trump que les engagements des pays membres sont suivis d'actes. Et que ses appels à un meilleur partage du fardeau ne restent pas vains.
- Alliance plus européenne -
Le consensus est là: l'Alliance doit devenir beaucoup plus européenne et un peu moins américaine. Mais le chantier est immense et complexe. Et les coups de pression de Washington créent un climat difficile.
Sur l'Ukraine, le tête-à-tête du président américain avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky a été scruté avec attention, quelques jours après une "très bonne conversation" avec le Russe Vladimir Poutine.
Donald Trump a annoncé qu'il allait autoriser Kiev à fabriquer des missiles Patriot, indispensables pour intercepter les missiles balistiques russes qui frappent l'Ukraine.
Il a par ailleurs estimé que les frappes ukrainiennes dans la profondeur en Russie, si elles constituaient une "escalade", pourraient in finer, "aider" à mettre fin à la guerre.
Le prochain sommet de l'Otan aura lieu en Albanie.
Mais il n'est pas certain qu'il ait lieu l'an prochain. De sources diplomatiques, on estime qu'il pourrait être prudent d'espacer les sommets, en particulier pour éviter les possibles colères de Donald Trump.
N.Moens--LCdB